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Lisez des extraits de livres danois traduits en francais.

Strømsvigt - Panne de Secteur de Daniel Zimakoff et Ida Marie Rendtorff


- Traduit du danois par Catherine Lise Dubost -

Tobias et Sofia.

1.

Un mensonge, ce n'est pas difficile. Moins facile en revanche d'y être confronté. A six heures moins dix, Tobias perd courage. Il griffonne rapidement un message, sort de la maison et ferme la porte derrière lui. Sans fermer à clé, il scotche le billet à la porte, un morceau en haut et un en bas pour qu'il ne s'envole pas. Le scotch refuse de coller à la surface poussiéreuse. Il jette un oil à ce qu'il a écrit et retrouve rapidement son vélo, puis il se presse dans la descente en direction du chemin de Kløvermark.

Tobias tourne à gauche près de l'épicierie et range son vélo sur le petit parking des Dunes. Il scrute le chemin. Personne. Alors il se précipite devant la maison pour se cacher derrière un buisson du jardin. Il est essouflé par sa course. De là où il se trouve, il peut voir la porte sans lui-même être vu. Le vent siffle entre les feuilles, un vent d'automne glacial, alors que le mois de septembre vient à peine de commencer. Sofia devrait évidemment connaître la vérité. Il avait bien essayé, d'ailleurs, de lui dire, au téléphone, deux heures auparavant. Mais à présent, il n'a pas le courage de tout lui expliquer. Que c'est un malentendu, que la photo qu'il lui avait envoyée n'était pas la bonne. Que c'était celle de David. Elle exigerait une explication et il n'a pas envie de parler de David. Bizarre, tout de même qu'il lui ait pris l'idée de l'appeller lui. Elle ne connaissait donc personne d'autre à Copenhague? Après tout, ils ne s'étaient jamais rencontrés.

D'où vient ce bruit? Le vent? Non, quelqu'un arrive. Le portillon du jardin grince en s'ouvrant. D'abord, il ne la reconnaît pas. Elle est plus habillée que sur la photo de cet été, et puis ses cheveux ont changés. Mais c'est bien Sofia, c'est bien elle. En rollers... c'était donc ça, le bruit qu'il avait entendu.

Sofia s'assied et se déchausse. Elle a l'air fatigué. Quand elle tourne la tête dans sa direction, Tobias se baisse inconsciemment. Il se sent comme le voyeur d'un film de série B.

Elle se lève enfin, lit le message scotché à la porte et fronce les sourcils. A nouveau, elle observe les alentours et Tobias baisse la tête. Peu après, il entend un grincement. Sofia est dans la maison et la porte est refermée derrière elle.

Tobias essaie en vain de l'apercevoir à travers les fenêtres. Est-elle dans le salon? Il contourne les murs de bois noirs et descend le talus en direction du canal. Sur le sentier qui longe l'eau, l'herbe est mouillée, presque boueuse. Il a plu toute la journée d'hier... il aurait froid aux pieds. Comme à l'enterrement de David il y a six semaines. Son cour bat à tout rompre. Peut-être qu'il vaudrait mieux tout laisser tomber.

Tobias ferme son blouson jusqu'au menton. De l'autre côté du canal, il aperçoit Christiania. Ils y étaient allés ensemble avec David, ils s'étaient promenés dans Pusher Street. David avait acheté un gramme de shit. Une petite boule vert sombre, une "crotte de nez d'éléphant" comme David avait dit. Ils l'avaient fumé sur les douves, "trop bon" avait dit son ami les yeux mi-clos. Tobias avait été saisi de la pire quinte de toux de toute sa vie avant de vomir dans le canal. Il en a encore le goût à la bouche. C 'était toujours David qui menait le jeu, et Tobias qui lui emboîtait le pas. Sûr que David était le chef de la rue et de la classe. Le capitaine, et Tobias le lieutenant. David était meilleur en tout; plus grand, plus fort, plus doué à la fois en sport et en danois, il n'avait peur de rien, sauf de l'eau. L'eau était le seul élément où Tobias ne se sentait pas inférieur par rapport à lui. "Si l'homme était fait pour vivre dans l'eau, on aurait des ouïes et des pieds et des mains palmés." avait-il l'habitude de dire. Il savait nager, bien sûr, mais pas aussi bien que Tobias.

Une ombre. La voilà. Au bord de la fenêtre, derrière le rideau. Elle regarde dehors. Il se baisse. Maintenant qu'elle a un endroit où passer la nuit, autant qu'il rentre chez lui. Elle n'a pas besoin de connaître l'histoire de la photo, ni celle de la mort de David, après tout.

 

Sofia et Tobias.

1.

Elle est sur le point d'arriver. La douleur lancinante dans son abdomen se concentre en un point de côté et elle sent l'intérieur du rollerblade qui ronge la peau de son talon droit. Il ne doit plus rester qu'un ou deux kilomètres. En s'engageant sur le pont de Knippel, c'est comme si le vent pressait une main glacée contre sa poitrine. Les muscles courbatus de ses jambes s'enflamment. De l'autre côté de l'eau grise, sur une façade, une horloge digitale lumineuse passe à 17.33. Neuf heures et vingt-deux minutes. Il y a neuf heures et vingt-deux minutes, elle roulait sur le chemin de la maison, la bouche encore pleine du mensonge qu'elle venait de faire gober à son père. Une réunion du groupe de travail en maths à huit heures et demie le dimanche matin! Il l'avait crue. En ce moment, il croit tout ce qu'elle dit. Il avait plissé le front, mais sans poser de question. Elle avait tout juste eu de quoi acheter son billet pour la traversée de Århus à Kalundborg, et un couple l'avait emmenée du ferry jusqu'à Roskilde. Elle avait parcouru les 30 derniers kilomètres en rollers.

Elle prend tout droit dans Torvegade, croise un petit canal. Les bateaux alignés à quai se heurtent les uns aux autres comme s'ils essayaient de se libérer de leurs amarres. Elle traverse une sorte de douve. Au feu, il faut qu'elle prenne à gauche. Vert, orange... un coup de klaxon virulent retentit d'une voiture grise aux vitres teintées. Le chauffeur trouve sans doute qu'elle aurait dû s'arrêter à l'orange. Elle lui tend son majeur et disparaît aussitôt. Le point de côté se fige et s'étend comme des langues de feu jusque dans sa poitrine.

Tobias lui avait expliqué le parcours en détails, et elle trouve le chemin de Kløvermark sans problème. Les environs sont déserts, des terrains de foot d'un côté et un quartier de jardins d'ouvriers tranquille de l'autre. "Association Les Dunes", c'était bien ça, non? Elle s'arrête et vérifie l'adresse sur le petit morceau de papier froissé. Puis elle quitte la route et passe le portail. Elle monte lentement la côte en cherchant du regard une maison de bois noir aux encadrements de fenêtre blancs. "Le Jardin du bonheur", avait-il dit. C'est ça! Elle porte bien son nom, avec les moulins miniatures et les cigognes en plastiques qui parsement la pelouse!

Il lui avait envoyé son numéro de téléphone portable dans un mail. Elle l'avait retenu, parce que les six derniers chiffres étaient ceux de sa date de naissance: 28 07 87. Il avait eu l'air surpris, Tobias, quand elle l'avait appelé hier après-midi, comme si sa visite ne lui convenait pas du tout. Elle ne sait pourquoi elle se l'était imaginé avec une voix différente, plus forte. Elle avait une image très claire de lui dans sa tête, bien qu'ils ne se connaissaient à vrai dire pas très bien. C'était pour le cours de danois qu'on lui avait demandé de correspondre avec lui par mail. "Décrivez une personne de la capitale". Très pédagogique! Elle ne connaissait Tobias que par mail et par la photo qu'il avait jointe à un de ses premiers messages. Plutôt mignon, les cheveux blonds ébouriffés et les yeux brillants qui lui donnaient un air canaille. Mais de là à lui téléphoner pour venir passer une nuit chez lui, cela lui avait peut-être parue un peu trop délurée. Un grand silence avait suivi sa question à l'autre bout du fil. D'ailleurs, elle aurait préféré ne pas avoir à l'appeler, mais elle n'avait pas d'autre solution. Elle ne connaissait personne d'autre à Copenhague. Steen ne répondait pas. Depuis que sa mère faisait partie de son groupe de musique, elles avaient toujours séjourné chez lui quand elles allaient à Copenhague, au deuxième étage de son immeuble. Un bel appartement. Il avait même la vue sur les lacs, en se penchant un peu par la fenêtre. Mais là, il n'était apparemment pas chez lui. Et passer la nuit seule dans les rues ne lui disait rien.

 

 

 

 

 

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